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8 août 2020  |  By Bernard Caylus In Ecrits récents

De l’existence

Exister, de l’étymologie latine ex sistere a la signification de « sortir de » ou d’être « placé à l’extérieur ».

Il s’agit d’être placé à l’extérieur de la matrice maternelle afin de naître au monde.

En ce sens le fait d’être placé à l’extérieur du ventre maternel et la nostalgie relative que cela va représenter pour l’être humain (l’étant), durant toute sa vie, va rejoindre la notion de désirer.

Désirer, qui signifie étymologiquement « être séparé de », implique la séparation d’avec un objet fascinant et en l’occurrence, d’un astre (sideris) fascinant.

Ainsi l’étymologie des deux mots (exister et désirer) nous plonge dans une sorte de dualité impliquant quelque chose de l’ordre de la puissance ou de l’acte.

En effet il y a une invitation derrière chaque terme à réaliser quelque chose de fondamental pour une vie humaine.

Tout d’abord exister, sortir de la matrice, et par voie de conséquence, naître.

La philosophie antique a particulièrement réfléchi sur cette séquence.

Et naître pose l’avènement de l’étant au monde mais certainement pas l’avènement de l’être.

Pour être il faut sortir d’une deuxième matrice.

Et cette deuxième matrice est représentée par le corps, non plus le corps maternel, mais le corps des représentations connues d’un « monde » connu auquel on est encore lié ou fusionné fantasmatiquement, sans le savoir.

Pour les Antiques cela représentait spécifiquement la question de l’ignorance ou, a contrario, la question de la Connaissance.

La connaissance du « monde » de type fusionnée a été identifiée par les Anciens comme étant de de l’ordre de la connaissance générée par le monde sublunaire. Le monde sublunaire étant le monde compris dans l’orbe lunaire, dans l’enveloppement lunaire.

Et la Lune, avec sa périodicité de 28 jours, a été assimilée, dans toutes les cultures humaines, comme relevant de la fertilité, de la maternité.

Donc l’enveloppement lunaire représenterait la seconde matrice dont il faudrait re-naître !

Le mode de penser relevant de l’enveloppement lunaire est de type imaginaire et concerne le « monde » imaginaire.

Le mode de penser relevant de ce qui est par-delà l’enveloppement lunaire, quant à lui, va caractériser, pour les Anciens, le monde de la connaissance vraie, Connaissance débarrassé de l’ignorance, Connaissance assimilée à ce qui est de l’ordre du monde symbolique.

Et cheminant du mode de la connaissance imaginaire du « monde » au mode de la connaissance symbolique du monde (Connaissance), le sujet passe de fait du mode de l’étant au mode de l’être.

Donc la re-naissance dont il s’agit est la porte de l’être.

Voyons maintenant la question de désirer.

Désirer, on l’a vu, implique une fascination pour un objet astral, sidérant, dont on est irrémédiablement séparé.

On en est séparé fondamentalement dans la réalité.

Soit ce fait est totalement assumé, ce qui est rarissime, et, dans cette fente, dans cet espace, dans cette distance, le sujet va véritablement être et Désirer.

Soit l’individu ne pourra réaliser vraiment cette séparation et il restera pris, fantasmatiquement, dans les rets de son « monde » (monde imaginaire).

Là encore, ce déni, cette ignorance, cette oblitération, cet aveuglement, maintien l’étant dans la captation imaginaire.

Là, l’être et le Désir ne sont pas possible, mais à leur place s’établissent les désirs ou besoins sans fin (sidus).

Là, l’illusion dans le sens d’opinion fausse ou trompeuse de la réalité.

Le monde sublunaire demeure le monde de l’illusion, le monde du leurre dans lequel l’étant est véritablement « joué », floué !

A travers les deux termes existence et désir nous voyons bien la présence d’un mouvement faisant passer subrepticement de puissance en acte quelque chose de l’ordre du « être là », « être là » coïncidant avec le passage de l’étant à l’être et le passage non moins important de désir à Désir.

Et la réalisation de ces deux passages, la mise en actes de ces deux modalités de l’être et du Désir, conditionne très certainement un autre passage qui serait celui de la pensée doxique à la Pensée.

—

Écrits en rapport :

– De naître à être.

– Sens et champ de l’expérience humaine.

– Du soi originel au Soi philosophique.

– De l’essence solaire du Soi.

– A propos de la notion de pansexualisme freudien.

– De l’inter-dit.

– Self, plan de réflexion et instantanéité de l’expérience psychique.

– Bardo Thödol soit l’espace entre deux existences ou l’espace entre deux représentations.

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