
Derrière la question de l’écrit se profile la problématique de la transmission.
Vieille, très vieille question, que cette question de la transmission.
Et rappelons que dans l’Antiquité grecque, notamment, la transmission était fondamentalement orale et les écrits servaient, surtout, de support à la réflexion et avaient donc valeur d’exercices.
La transmission du savoir revenait donc essentiellement à une transmission de maître à élève.
L’écrit pose ainsi le problème des distorsions.
Distorsions du fait d’un problème de traduction.
Distorsion par altération de sens, ou mauvaise interprétation.
Distorsion par modification du sens même des mots avec le temps.
Et petit à petit s’instaure une sorte de hiatus entre le sens premier de l’œuvre, tel qu’il fut voulu par l’auteur, et l’accumulation d’écrits et de commentaires qui vont peu à peu perdre le lien à ce sens premier.
Par l’écrit c’est la lettre ou la « forme » qui est transmise, alors que l’oral permet une transmission directe du « fond », de maître à élève, sensée être plus fiable.
Certes, il demeurera toujours une part d’incommunicabilité, il y aura toujours un résidu de quelque chose de l’ordre de l’indicible.
Et tous les élèves ne vont pas faire fructifier pareillement l’enseignement du maître.
Mais dans la situation de l’enseignement oral le maître s’assure d’un minimum de préalables, de prérequis, avant de transmettre son savoir à un individu donné.
Le maître s’assure également de la présence de ce que l’on nommerait aujourd’hui une organisation ou une structuration mentale de l’élève potentiel avant de transmettre.
La transmission par l’écrit ne s’encombre nullement de telles précautions.
—
Écrits en rapport :
– Phénoménologie de la parole perdue.